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Des thérapeutes à plumes et à poils


Depuis trois ans, les animaux du centre de zoothérapie d’Hélène Tesauri et Pascal Bianchi contribuent à remettre sur pied les personnes en marge de la société. Rencontre à Morges (VD).
Vendredi après-midi, deux thérapeutes pas comme les autres passent la porte de La Diligence, un EMS de Morges. L’une est tout en noir, l’autre tout en blanc. La première rayonne de gaieté et de vivacité, la seconde impressionne par son élégance majestueuse. Dès leur arrivée, elles font sensation. Forcément, l’une est à poils… et l’autre à plumes.


Taïga, une petite chienne croisée de type scottish terrier, et Gold, une tourterelle rieuse, font partie du centre de zoothérapie créé par Hélène Tesauri et Pascal Bianchi. Chaque vendredi depuis trois ans, ils viennent passer l’après-midi à La Diligence, apportant distraction, réconfort et amour aux résidants.
Déluge de tendresse
«Je ne manque jamais un vendredi, j’apprécie beaucoup de voir Taïga», confie ainsi cette résidante. Mais pas le temps d’en dire plus. Voilà son tour de porter la tourterelle. Ses yeux brillent comme ceux des enfants au moment d’ouvrir les cadeaux de Noël. Assis en cercle, tous les retraités partagent son enthousiasme et attendent avec impatience le moment où ils pourront prendre la tourterelle sur leur doigt ou la petite chienne sur leurs genoux. Chacun aura l’occasion de caresser l’animal, de recevoir de l’affection en retour et souvent de lui faire quelques confidences.


Visiblement heureuses de leur sort, Taïga et Gold se laissent faire et provoquent des sourires sur les visages, y compris du personnel soignant. «Les animaux ont une grande capacité d’écoute, explique Pascal Bianchi. On peut absolument tout leur dire sans crainte qu’ils ne nous jugent ou aillent le répéter ailleurs! De plus, leur amour est inconditionnel. Que l’on fasse des erreurs ou que l’on vieillisse, ils continuent à nous aimer.»

Un amour qui fait une énorme différence pour des personnes en marge de la société et qui, pour cette raison, se réalisent difficilement sur le plan affectif. C’est pourquoi, depuis la création du centre de zoothérapie en 2003, Taïga, Gold et leurs autres collègues à pattes rendent visite à des publics variés. En plus des personnes âgées, ils ont eu l’occasion de se retrouver avec des adolescents difficiles, des détenus, des handicapés mentaux et des personnes malades ou en fin de vie. Avec chaque fois le même effet, celui d’amener une bulle de mieux-être dans un quotidien lourd à porter.

«Les effets bénéfiques sur les humains du contact avec les animaux sont nombreux. Lorsqu’une colombe vient se poser sur le doigt d’un patient atteint par la maladie de Parkinson, son tremblement cesse. Un handicapé mental qui tient un chien en laisse est gratifié d’une plus grande reconnaissance de la part des passants, ce qui provoque en lui un sentiment de fierté. A un adolescent en rupture, l’animal donne la sensation d’être enfin compris et sert de médiateur entre le jeune et l’adulte. Enfin, une personne âgée trouvera en l’animal quelqu’un qui a le temps de l’aimer et de lui accorder de l’attention.»
Des rats aussi
Gold et Taïga ne sont pas seules pour assurer toutes ces activités. Hélène Tesauri et Pascal Bianchi peuvent compter sur toute une «équipe» d’animaux: quatre tourterelles, un lapin, un chinchilla, quelques rats et cinq chiens de toutes tailles (un scottish, un jack russel, un golden, un leonberg et un dogue allemand). Leurs maîtres les font intervenir en fonction de leur public. Les ados sont plus sensibles au charme des rats que les personnes âgées, qui leur préfèrent des animaux plus doux. Quant aux détenus, Pascal Bianchi les rencontre avec son dogue allemand qui suscite plus d’enthousiasme et de respect qu’un chien moins imposant comme Taïga. Les tourterelles ont quant à elles les faveurs de tous, et imposent le respect grâce à leur fragilité.


«Un animal, c’est un cœur avec des poils autour», a dit un jour Brigitte Bardot. Et c’est bien sur l’immensité de ces cœurs qu’a été créé le centre de zoothérapie. Mais si toutes les races se prêtent à la zoothérapie, chaque animal ne peut devenir thérapeute. «Ce n’est qu’après l’évaluation de son caractère qu’on décide s’il peut prendre part à des interventions avec des personnes en difficulté.»

Chaque animal du centre a été dressé par Hélène Tesauri pendant un à deux ans. La partie la plus importante du dressage consiste à apprendre aux animaux à se dégager d’une étreinte inconfortable et à donner un signe pacifique lorsqu’ils en ont assez. «Car pour l’animal, le contact avec les humains doit rester un plaisir, jamais une obligation», insiste Pascal Bianchi. S’ils désirent un moment de répit, le chien s’enfuit, le lapin gratte et la tourterelle s’envole pour aller se poser sur la tête de Pascal, captivant le regard de l’assemblée. Et pour que cela reste un jeu, chaque animal intervient rarement plus d’une à deux fois par semaine.
De l’affection à donner
Taïga s’est imposée comme une thérapeute hors pair. En recueillant la chienne toute petite sur un tas de fumier, Pascal Bianchi pensait juste lui offrir un foyer. Constatant son affection pour les gens, il a décidé de la présenter aux personnes âgées. Et depuis, tout comme les résidants de La Diligence, Taïga ne raterait un vendredi après-midi pour rien au monde. Son maître en témoigne: «Le reste de la semaine elle est comme un peu K.-O, mais le vendredi, dès qu’elle voit ses affaires prêtes, Taïga entre dans une excitation totale, car elle sait qu’on part!»


Martine Brocard/autre.com
Photos Emmanuelle Bayart







Un lapin dans la chemise
Avec les animaux, les imprévus ne manquent pas. «Une fois, un patient a caché le lapin dans sa chemise dans l’espoir de le garder avec lui dans sa chambre.» Il arrive aussi souvent qu’un pensionnaire se trompe et croie que «Taïga» est son animal et somme l’intervenant en zoothérapie de la lui rendre à la fin de la séance. Le psychologue a également vécu de nombreux moments touchants. «Un jour, une personne a fait une crise d’épilepsie. L’un de mes chiens s’en est approché et a calqué sa respiration sur la sienne, en ralentissant petit à petit jusqu’à ce que la personne retrouve un rythme normal.»


Quant aux tourterelles, elles donnent aussi lieu à leur quota d’anecdotes. Ne serait-ce qu’avec le linge qu’on apprend à plier et replier afin d’éviter que les habits de la personne qui porte les oiseaux ne soient recouverts de fientes. Mais avec leur blancheur et leur légèreté, elles sont souvent un vecteur de sérénité pour les personnes âgées. Un moment privilégié entre une tourterelle et une personne âgée a donné lieu à un épisode qui a fortement marqué Pascal Bianchi: «Un après-midi, une dame âgée s’est confiée à la tourterelle. Elle lui a dit qu’elle trouvait la vie trop longue, qu’elle en avait assez et souhaitait partir pour rejoindre son mari. Cette dame est décédée le soir même.»

Photo : Lilianai confie «Gold» la tourterelle à une résidante de l’EMS.